Introduction

Le littoral breton a toujours été densément peuplé, du fait de l’attraction économique exercée par les activités liées à la mer (pêche, commerce, défense nationale), mais également grâce à la présence de certaines activités agricoles, en particulier le maraîchage de plein champ.

Le fait majeur ayant bouleversé les paysages littoraux a été le développement du tourisme et du tropisme littoral en général, qui ont conduit à une urbanisation massive de l’espace côtier, alors même que les activités traditionnellement liées à la mer, pêche et marine marchande notamment, sont en perte de vitesse et n’ont plus qu’un rôle secondaire dans la dynamique du paysage littoral.

Cette attirance pour le littoral émerge au milieu du 19ème siècle en Europe, lorsque que la valorisation de la belle campagne laisse progressivement place à la recherche de paysages grandioses et sublimes, tels les paysages maritimes, qui attirent les plus grands peintres de l’époque.

Se développent dans le même temps les premières villégiatures dont le but est thérapeutique. Les populations privilégiées recherchent en effet dans l’air du large un remède aux pollutions urbaines des grandes villes industrielles, et puisent dans la grandeur du paysage maritime un remède au spleen qui gangrène la haute société. Avec le développement du chemin de fer, chaque gare sur le littoral fait immédiatement éclore les hôtels, l’établissement de « bains de mer »,  les villas, le casino, le golf, le club de tennis...

Dans la première moitié du 20ème siècle le rituel des vacances à la mer est déjà bien établi et les pensions de famille se multiplient autour des plus belles plages. Les cartes postales, très nombreuses à l’époque, nous restituent bien la vie sociale de cette société balnéaire, sa joie de découvrir et faire découvrir le pittoresque des criques bretonnes. On y distingue également le mitage progressif du littoral par la multiplication des villas. Ces photographies sont une source d’information très riche, et leur reconduction contemporaine à l’identique, ou du moins avec un cadrage similaire, offre une comparaison souvent saisissante des mutations paysagères survenues en moins d’un siècle. La quasi disparition des landes littorales, remplacées par la haute figure des pins maritimes et les massifs exotiques plantés au sein des parcs, est l’un des constats frappants sur ces séries photographiques. L’exploitation de ces corpus de photographies est donc à la base de la construction de la série de dessins en blocs diagrammes, centrés sur l’exemple type d’une plage encadrée de deux pointes rocheuses. 

À la fin du 20ème siècle, la multiplication des résidences secondaires (devenant la résidence principale au moment de la retraite) mais également le développement de la voiture, qui permet d’habiter en bord de mer tout en travaillant dans la grande ville la plus proche, vont être des facteurs d’augmentation massive de l’urbanisation du littoral, qui déborde du cadre de la station balnéaire ou du port pour progresser en un ruban plus ou moins continu sur tout le littoral. Les différentes mesures législatives, dont bien sûr la loi littoral de 1986, vont avoir pour objectif non pas d’inverser cette tendance lourde, mais du moins d’en freiner les effets, notamment en préservant les « coupures d’urbanisation », ce qui ne sera pas toujours possible. Les secteurs les plus remarquables, notamment de par la qualité de leurs paysages naturels, feront l’objet de mesures de préservations foncières via les acquisitions du Conservatoire du Littoral ou celles des Conseils Généraux avec les Espaces Naturels Sensibles.

C’est l’ensemble de ces dynamiques qui sont ici synthétisées dans la série du littoral balnéaire, dont on peut se demander jusqu’où iront, au cours du 21ème siècle, les processus d’urbanisation, de déprise agricole et de concentration sur les activités du tourisme et du loisir, mais également l’impact d’autres aspects qui n’ont pas été traités ici, notamment le développement des énergies renouvelables comme l’éolien off-shore et l’hydrolien.

Trestrignel n°1Trestrignel n°1
1915
Le cliché montre une vue d'ensemble de la baie et à l'arrière-plan le secteur le plus urbanisé du site. Au premier-plan, ce côté de la grève est plus rural, les villas sont moins ostentatoires et plus isolées. Au début du 20èmesiècle, il n'y a quasiment pas d'arbres dans ce paysage littoral très ouvert.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_5292, droits réservés
Trestrignel n°2Trestrignel n°2
1995
L'urbanisation a transformé le paysage de Trestrignel, qui est devenu un quartier balnéaire de Perros-Guirec. À noter également la croissance des arbres dans les jardins.

Laurence Le-Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
Dynamique de la ville et du bourg

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