La végétation

Dans les premiers temps de la villégiature, les estivants s'installent dans un espace rural composé de terres cultivées et de lande. Les premières photographies montrent un paysage où la végétation est basse et arbustive, où le regard porte loin vers l'horizon, ce qui explique aussi l'attraction pour ces espaces littoraux très ouverts qui contrastent alors avec les paysages intérieurs très cloisonnés par un bocage dense.

Le littoral balnéaireLa plage des Longchamps
Début du 20ème siècle
Cette photographie est prise depuis les hauteurs de Saint-Lunaire et permet de comprendre quels étaient les paysages littoraux avant l'urbanisation du rivage. La lande est omniprésente et reste rase car elle est pâturée ou fauchée. La végétation haute est rare, présente seulement dans les secteurs habités (jardins, rues...). Le contraste entre l'habitat local, symbolisé par la chapelle, et l’implantation touristique est ici mis en exergue par la différence des styles architecturaux.

Auteur inconnu © Collection particulière de P. Marqué, droits réservés

La lande, composée notamment de bruyères, ajoncs, genêts donne à ce paysage une teinte particulière, où se mélangent le violet, le jaune et le vert de la végétation. Elle se situe pour l'essentiel sur les pointes rocheuses, dans les secteurs non cultivables de la frange littorale. Perçue comme un espace stérile et sauvage, elle est pourtant investie par les populations locales qui en font un espace ressource. Elle est utilisée comme pâture pour les animaux, fourrage pour les chevaux, on y vient pour chercher le bois de chauffe.

Les espaces cultivés ou mis en pâtures sont également un déterminant majeur dans la construction du paysage littoral de cette époque. Les parcelles sont de petite taille et destinées à une agriculture vivrière associée à partir du 19ème siècle à la pratique de l'élevage. Les massifs dunaires offrent à la communauté leur vastes espaces. Des haies ou murets séparent les parcelles cultivées des prairies de pâture, composant ainsi un paysage agricole fragmenté où l'arbre, bien que non majoritaire dans le paysage de l'époque, est présent.

La végétation change significativement à partir du début du 20ème siècle et contribue à modifier en profondeur le paysage. De nouvelles espèces sont introduites : « pins, chênes verts, acacias, mimosas et des espèces exotiques ». La plantation de ces essences relève de la volonté générale d'embellir le cadre de vie et de proposer des décors végétaux de qualité, qui sortent de l'ordinaire.

Plusieurs types d'espaces sont touchés par ces transformations végétales. On plante ces nouvelles espèces dans les espaces publics comme le long des boulevards où elles remplacent le platane et l'orme, jugés trop communs. Dans les jardins publics, des espèces sont privilégiées comme les palmiers de Chine, les cèdres de l'Atlas, les pins pleureurs. Les parcs et jardins des villas n'échappent pas à cette nouvelle tendance végétale et se couvrent de rhododendrons, de mimosas et de pins maritimes.

L'idée majeure qui préside à ces plantations est de faire de la nature un jardin. C'est « l'aboutissement d'un processus de conquête du « littoral », qui s'exprime autant dans l'urbanisme et dans l'architecture que dans la végétation » (p.33, Les Cahiers du patrimoine, 2001).

Peu à peu, les villas s’entourent d'arbres hauts afin de se protéger du vent et des regards, le pin maritime devient le symbole d'un nouveau paysage balnéaire. À partir de la seconde moitié du 20ème siècle, ces espèces introduites conduisent également à la fermeture progressive de la vue. D'un paysage caractérisé par une végétation basse, on passe à un paysage vert et boisé. Les jardins autour des villas, ainsi que les hauteurs, sont composés de plantes hautes qui créent des obstacles paysagers importants. De véritables pinèdes se développent dans les espaces inconstructibles et font disparaître le relief des pointes sous un couvert végétal dense. De même, les habitations disparaissent sous la végétation mettant ainsi fin au principe du « vu et être vu », pourtant à l'origine de l'implantation sur les sites de promontoires.

Le littoral balnéaireCôte de Saint-Gildas-de-Rhuys
2010
Extrait de l'exposition « Y'a pas photo ! Les paysages du Golfe du Morbihan au fil du temps », 2010. Le pin maritime est omniprésent. Il reste le symbole de la présence d'un secteur balnéaire. Sur le cliché, on peut observer différentes espèces de pins.

David Ledan © SIAGM – Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés

 

Après une période marquée par l'urbanisation et une transformation profonde du paysage littoral, un nouveau modèle se construit dans le refus d'une plus grande artificialisation et dégradation du littoral : c'est le modèle du naturel. Il opère dans différents domaines et notamment au niveau de la végétation dans les stations balnéaires. Les essences plantées doivent « faire » local et donner l'impression que la nature regagne ses droits dans la station. Par exemple, on voit apparaître sur les fronts de mer des espèces que l'on trouve dans les espaces dunaires.

En 150 ans, la lande a disparu des espaces proches des stations et les cultures ont été reléguées en arrière du littoral. La construction du paysage balnéaire s'est également faite par la maîtrise de la végétation et de son évolution. Le pin maritime reste aujourd’hui le symbole de ce paysage et est présent sur tout le littoral breton.

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013