Le durcissement du trait de côte

 

Le littoral balnéaireLa dune de Rothéneuf
Début du 20ème siècle
Avant la construction des digues, les fronts de mer étaient souvent barrés par un cordon de dunes.

Auteur inconnu © Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, fonds 6FI, droits réservés
Le littoral balnéaireLa plage des Rosaires
1917-1924
La plage des Rosaires avant la construction de la première digue dans les années 1930. Les estivants s'adossent directement à la dune.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_3595, droits réservés

Entre 1850 et 1910, avec la construction des villas à proximité du rivage, les premiers ouvrages fixant le trait de côte voient le jour. En effet, la volonté de contact avec la mer, qui est à l'origine de la villégiature, représente une exposition accrue aux risques d'inondation et d'érosion des dunes et falaises. L'interface terre-mer subit les assauts des vagues lors des grandes marées et des tempêtes d'hiver conduisant parfois à la destruction des installations humaines.

La construction d'ouvrages de défense et de murs de soutènement le long des villas est donc nécessaire pour pallier à ce danger récurrent. Malgré des initiatives précoces, les destructions restent nombreuses à la fin du 19ème siècle. Cependant, les dommages apparaissent aussi « comme l'occasion de reconstruire et de réaffirmer sa supériorité » (p.10, DELIGNON G., 1999). En effet, l'implantation les pieds dans l'eau relève d'une attitude de défi face aux éléments et doit montrer la maîtrise de l'homme sur le rivage (p.84, Les Cahiers du Patrimoine, 2001).

« À Saint-Malo, les digues éventrées et les murs des villas emportés sont aussi des thèmes de prédilection pour les auteurs de cartes postales. La vision des éboulis et des monticules de sable rend plus concrète aux visiteurs le danger du milieu maritime. La force des marées et ses conséquences sur la côte en hiver caractérisent la Bretagne, et fait de ses stations, contrairement à celles de la Méditerranée, des lieux de villégiatures tourmentés ».

Extrait de Saint-Malo-Paramé, urbanisme et architecture balnéaires-1840-1940 de DELIGNON G., p.10, PUR, 1999, 252p.

La période de 1910 à 1936 est marquée par la progression du durcissement du trait de côte. Cette évolution répond à la nécessité des stations balnéaires d'offrir des structures de qualité dans un contexte de concurrence accrue.

La fonction défensive de la digue est progressivement associée à une fonction balnéaire vitale, celle de la promenade. L'interface terre-mer devient un lieu de divertissement et une zone de transition entre la plage et la ville. La digue-promenade est aménagée avec des bancs et des lampadaires afin de tenir le rôle de place publique. Elle est l'espace stratégique autour duquel se bâtissent les éléments fondateurs de la station : casinos, hôtels. Après la Première Guerre mondiale, la digue connaît des modifications dans sa configuration. Elle est élargie afin de permettre l'aménagement routier du boulevard de la plage tout en gardant une promenade piétonne. Le cordon de galets et le haut de la plage sont artificialisés et disparaissent sous la digue.

Le littoral balnéaireLe Val-André depuis les Murs Blancs
1930-1940
À partir des années 1920, la commune du Val André agrandit la digue-promenade sur toute la longueur de la baie et aménage un boulevard attenant. La digue est surélevée par rapport à la plage, des escaliers sont construits.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_3338, droits réservés

Dans le même temps, une nouvelle étape du durcissement du trait de côte est franchie dans certaines stations. Des promenades, qui prolongent celle de la digue, sont construites à même les rochers. C'est le cas de la Promenade du Clair de Lune de Dinard, « aménagement tardif, destiné à reconquérir la clientèle affaiblie par la crise de 1929. La promenade relie, par une digue étroite surplombant les rochers au plus près des eaux, la plage du Prieuré à la cale du Bec-de-la-Vallée, sur plus de deux kilomètres » (p.86, Les Cahiers du Patrimoine, 2001). Sa conséquence est l'accentuation de l'artificialisation du front de mer.

Le percement de routes de corniches le long des pointes rocheuses, qui répond à la demande d'amélioration de l'accès à la station tout en profitant de la vue, accélère encore la tendance à bétonner le front de mer.


Le littoral balnéairePlage de la Banche n°1
1930-1939
Le sommet de la plage, en pente douce, est composé de cailloux et de sable grossier. La digue est un axe de promenade et donne accès à la plage grâce à de petits escaliers en bois. L'hôtel est posé en limite du front de mer, seule la petite digue le sépare des flots lors des marées hautes.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_238, droits réservés
Le littoral balnéairePlage de la Banche n°2
2010
L'enrochement a créé une séparation radicale, la digue a été recouverte et l'accès est bloqué. On remarque une transformation morphologique de la plage qui s'est amaigrie: la pente douce n'existe plus, les cailloux ont disparu. La différence entre les deux clichés est saisissante, elle montre l'impact des enrochements sur le paysage.

Anaïs Delage © Pays de Saint-Brieuc, droits réservés

La dernière période voit se développer une nouvelle génération d'ouvrages de protection sur le littoral : les enrochements. Ils répondent à la nécessité de se protéger encore une fois contre l'hostilité de la mer. On observe ainsi, le long des digues ou bien à même la plage, des amas de rochers destinés à casser les vagues. Cependant, si leur efficacité est réelle, les problématiques paysagères ont souvent été négligées. En effet, l'impact paysager est majeur, ces alignements rocheux créent de véritables ruptures et contribuent souvent à dégrader l'image du front de mer. « La fascination pour la vue sur mer conduit à des aberrations qui jouent contre elle » (p.263, LE DÛ-BLAYO L., 2007).

Le littoral balnéaireLa promenade de la grève n°1
1904-1908
Bien que le boulevard et la grève soient deux entités aux fonctions différentes, seuls le mur de la digue et la balustrade indiquent la séparation. Les estivants peuvent facilement passer d'un espace à un autre.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_3331, droits réservés
Le littoral balnéaireLa promenade de la grève n°2
2010
La promenade ne se fait plus dans un espace entre terre et mer, mais sur un chemin balisé, aménagé (lampadaires, route goudronnée) et coupé de la plage. La continuité n'existe plus que par des accès ponctuels. Le paysage est méconnaissable entre 1904-1908 et 2010. Seules quelques villas permettent de se repérer au sein des arbres et des maisons.

Flavie Barray © Pays de Saint-Brieuc, droits réservés

L'apparition des sports de pleine nature et extrêmes (voile, surf, plongée...) nécessite l'aménagement de structures d'accueil pour ces activités. Le petit port, qui était à l'origine un lieu de pêche, devient un point stratégique pour le nautisme. Leur capacité d'accueil augmente nécessitant la construction de nouveaux ouvrages de protection (digues, môles). Dans certaines stations comme Saint-Quay-Portrieux, de nouveaux ports avec terres-pleins sont construits.

 

Le littoral balnéaireLe port de Saint-Quay-Portrieux n°1
1948-1972
Dans les années 1960-1970, le port de Saint-Quay-Portrieux a déjà fait l'objet de transformations comme en témoignent les digues qui barrent l'entrée et les terres-pleins.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds Henrard 26FI, cote 26FI_407, droits réservés
Le littoral balnéaireLe port de Saint-Quay-Portrieux n°2
2006
Le nouveau port de plaisance de Saint-Quay-Portrieux: une artificialisation accrue du littoral et un impact paysager saisissant.

Auteur inconnu © SM Pays de Saint-Brieuc / AEROPHOTOGRAPHIE - QUESSOY

Cette artificialisation croissante du trait de côte a des répercussions néfastes sur l'évolution naturelle des plages (PASKOFF R., 2010). Leur partie haute est souvent amputée par les digues, les villas, et leur équilibre sédimentaire est rompu à cause de la disparition de l'avant-dune qui servait de réserve de sable. De plus, les ouvrages portuaires sont des obstacles à la dérive des sédiments, pourtant nécessaire au renouvellement de la plage et à son maintien. Pour pallier à la diminution du sable dans certains secteurs des plages, ces dernières sont alimentées artificiellement, démarche qui accroît un peu plus les risques à long terme sur d’autres portions du littoral car ce sable prélevé en mer par 20-25 mètres de profondeur n’est pas un stock inépuisable (Lebahy Y.).

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013