L'urbanisation balnéaire

« Tous les villages de pêcheurs implantés ont attiré les touristes mais seules les plages de sable fin les mieux abritées et ensoleillées, et faciles à aménager ont été développées en stations ».

Extrait du Service de l'Inventaire général (dir.), La Côte d’Émeraude. La villégiature balnéaire autour de Dinard et Saint-Malo, Les Cahiers du Patrimoine, éditions du patrimoine, 2001, 339p.

Au 19ème siècle, la première phase de construction se fait par l'installation spontanée d'une population attirée par les aménités, et notamment par la vue depuis les pointes rocheuses ainsi que le fond de la baie. Le rivage se couvre progressivement de vastes propriétés dispersées sur la lande ou bien en arrière de la plage, sur la dune. Le réseau de communication est encore peu développé mais un premier « boulevard » longe le front de mer. Ce dernier est essentiel au fonctionnement de la station, car il relie les espaces entre eux devenant ainsi l'axe central.

C'est à partir de la fin du 19ème siècle que les premières grandes transformations urbaines commencent. De puissantes opérations immobilières ont lieu le long des fronts de mer, menées par des investisseurs attirés par le potentiel économique des sites. Cette étape est déterminante car elle conditionne le développement futur des stations. Ces acteurs privés se portent acquéreurs de terrains à lotir, qu'ils revendent, louent à des particuliers ou à des spéculateurs qui font monter les prix du foncier et impulsent un engouement pour ces sites jusqu'à présent à l'écart. Des campagnes de promotion ont lieu. Par exemple, en 1895, la Société Civile des Terrains de Trestrignel, créée pour l'occasion, acquiert 263 lots et prévoit l'aménagement d'un réseau de chemins de servitude pour le développement de la baie. C'est le début du succès des stations et de leur développement. Pour susciter l'intérêt et l'envie des acquéreurs, de nombreux projets d'urbanisation voient le jour. « Les stations adoptent des plans en damier ou en éventail, et l'ensemble urbain est souligné par une digue-promenade, et centrée sur l'établissement des bains, l'hôtel, et le casino (parfois regroupés au sein d'un même bâtiment) » (TOULIER B., 2010).

L'urbanisation en lotissement devient la référence dans les stations. Le lotissement en site de promontoire est établi sur une pointe rocheuse aux versants escarpés. Les villas sont construites au bord de la falaise et comportent des éléments inhérents à ce type d'implantation : murs de soutènement, jardins en terrasse, escaliers permettant de descendre sur la plage. Ces lotissements sont l'apanage des populations les plus aisées. Elles démontrent ainsi leur supériorité par la parfaite maîtrise de l'espace dont elles font preuve et par des styles architecturaux ostentoires. L'autre type est celui du lotissement de forme géométrique en site dunaire. L'objectif des promoteurs est de créer un nombre maximum de parcelles avec vue sur mer pour rentabiliser l'investissement.

Le littoral balnéaireLa villégiature à Saint-Cast-le-Guildo
1904-1908
Les villas sont dispersées autour de deux types de secteurs : les espaces de promontoire où la vue est la meilleure, et les secteurs dunaires plus proches des structures stratégiques de la station (casino, hôtels, plage....).

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_5279, droits réservés
Le littoral balnéaireVue sur la baie depuis la Garde
1904-1908
Le cliché montre une vue d'ensemble de la baie et à l'arrière-plan le secteur le plus urbanisé du site. Au premier-plan, ce côté de la grève est plus rural, les villas sont moins ostentatoires et plus isolées. Au début du 20ème siècle, il n'y a quasiment pas d'arbres dans ce paysage littoral très ouvert..

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_5292, droits réservés

 

La période de l'Entre-deux-guerres est marquée par l'affirmation des autorités locales qui deviennent des acteurs incontournables de l'urbanisation de la station. Dans le même temps, la loi Cornudet de 1919 tente de mettre en place « des plans d'aménagements, d'extension et d'embellissements confiés aux communes ». On observe la volonté du législateur de prendre en main le devenir des stations, jusque là laissées aux mains des acteurs privés. Le statut de « station climatique et touristique » permet un renouveau urbanistique et touristique qui doit faire oublier les temps de guerre. L'urbanisation des stations accompagne le développement de la société de loisirs qui se forme pendant les Années Folles. « L’agglomération balnéaire, la « station », est consacrée aux seules fonctions de repos, de détente et de loisir, des jeux aux activités artistiques ou sportives, ou encore à la découverte des curiosités pittoresques » (TOULIER B., 2010). Les stations se modernisent, par des aménagements nombreux : on élargit les digues et promenades, on en crée de nouvelles, on modernise les structures d’accueil.

Dans les années 1960-1970, la massification du tourisme engendre un afflux vers le littoral qui conduit à une hypertrophie urbaine des stations et au mitage urbain du littoral. Les lotissements gagnent l'arrière du littoral, et entourent progressivement les villages. De nouveaux accès sont aménagés pour répondre à l'afflux croissant des estivants, qui utilisent en majorité la voiture. Les zones artificialisées se multiplient. En 1975, suite à l'émergence d'une prise de conscience quand à la dégradation du littoral et de son paysage sous l'effet d'une bétonisation toujours plus poussée, le Conservatoire du Littoral est créé afin de protéger des espaces sensibles contre la spéculation foncière alors en plein essor. En 1986, la loi Littoral est votée. Son objectif majeur est de mettre fin à l'urbanisation « anarchique » des côtes françaises et notamment bretonnes.

Le littoral balnéaireArzon Plage
2010
Extrait de l'exposition « Y'a pas photo ! Les paysages du Golfe du Morbihan au fil du temps », 2010. L'habitat balnéaire, essentiellement secondaire, est aujourd'hui omniprésent sur le littoral du Morbihan. En 50 ans, l'attraction pour le bord de mer a bouleversé le paysage. Dans les années 1950, ce secteur était agricole. La plage était déjà un lieu investi mais aucune structure pérenne n'était implantée à proximité si ce n'est un camping. Aujourd'hui l'espace agricole a disparu sous la pression touristique.

David Ledan © SIAGM – Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
Le littoral balnéaireQuartier résidentiel à Penvins
2010
Extrait de l'exposition « Y'a pas photo ! Les paysages du Golfe du Morbihan au fil du temps », 2010. Cet espace résidentiel était il y a 50 ans un vaste camping.

David Ledan © SIAGM – Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés

Dans les stations balnéaires, la pénurie de terrains à bâtir incite à la densification urbaine. Des villas sont détruites et les grands parcs des propriétés sont divisés en parcelles sur lesquelles se construisent des pavillons ou de petits collectifs. On assiste au développement d'un urbanisme fonctionnel. Des secteurs de la station sont piétonisés afin de faire reculer l'emprise de la voiture et permettre de redonner toute son importance à la déambulation notamment sur le front de mer. L'accent est mis sur la verticalisation du bâti.

Le littoral balnéaireVue aérienne de la côte d'Erquy
2006
Le paysage est composé d'une succession de quartiers résidentiels. Des parcelles agricoles subsistent entre les lotissements et forment des enclaves résiduelles dans un espace dédié à l'habitat balnéaire souvent lié à la rétention foncière.

Auteur inconnu © SM Pays de Saint-Brieuc / AEROPHOTOGRAPHIE - QUESSOY

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013