La protection du littoral : du pittoresque au naturel

 

Le littoral balnéaireProtection de la dune des Sables d'Or
2012
Panneau indicateur à destination du grand public. Il est intéressant de noter que la protection passe par l'aménagement du front de mer. À noter également que les financements sont apportés pour plus de la moitié par la commune.

Caroline Le Calvez © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
Le littoral balnéaireLa dune des Sables d'Or
2012
Panneau d'information sur l'Espace Naturel Sensible (ENS) de la dune des Sables d'Or. Le panneau présente la répartition des espèces, la nécessité de les préserver. En effet cette protection est essentielle car la végétation fixe la dune en bloquant le sable, elle limite donc son recul.

Caroline Le Calvez © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

À la fin du 19ème siècle, le développement d'un tourisme porté par les élites parisiennes contribue à la mise en place des premières lois de protection et des sites classés, qui malgré des modifications au cours du 20ème siècle restent toujours en vigueur aujourd'hui. Dès cette époque, le constat est fait par les estivants de dégradations paysagères de toutes sortes souvent dues à l'utilisation productive du littoral par les populations locales. Pour limiter ce qui est perçu par l'élite comme une atteinte à la beauté des paysages qu'ils sont venus admirer (et souvent acquérir), des initiatives sont prises par des particuliers au début du 20ème siècle. Ainsi, en 1901 est créé le « Syndicat artistique de protection des sites pittoresques de Ploumanach » afin de protéger les rochers aux formes oniriques de toute exploitation dans le cadre des carrières, activité locale intense à cette époque (DELESTRE P., 1973).

Le 21 avril 1906, la première loi sur la protection des paysages en France est votée (loi du 21 avril 1906). Ce premier acte de la protection du littoral organise la protection des sites et monuments naturels de caractère artistique. Ces sites sont surtout des éléments ponctuels (rochers, arbres...) et relèvent d'une conception pittoresque portée par l'élite. Le premier site d’envergure à être protégé en France est Bréhat en 1907, afin de stopper les extractions de pierre et préserver les paysages pittoresques appréciés des nouveaux propriétaires parisiens.

Cette loi fondatrice est améliorée en 1930 (loi du 2 mai 1930) par un nouveau texte relatif « à la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque ». On assiste à un élargissement des critères de classement mais toujours dans la mouvance pittoresque.

La forte pression urbaine des années 1970 et l'émergence de l'écologie en France conduisent à la formulation d'un principe nouveau « la protection du tiers-sauvage » en 1972. C'est dans ce contexte qu'un nouveau modèle, celui de la nature, se construit en rejet de l'urbanisation jugée anarchique et excessive. On observe un basculement dans les publicités. On n'y vante plus l'accessibilité depuis les grandes villes ni le pittoresque breton comme au début du siècle, mais la nature symbolisée par des éléments qui sont construits comme typiquement bretons tels que la bruyère, les oiseaux (le célèbre macareux moine en est l'exemple paradigmatique) ou des espaces littoraux exprimant la nature, l'absence d'intervention humaine (LE DÛ-BLAYO L., 2007).

Ce retournement de perspective conduit à l'accélération du classement des zones les plus convoitées et à la mise en place d'outils de protection des espaces naturels, d'endiguement de l'urbanisation littorale. Le Conservatoire du Littoral est créé en 1975 pour préserver ce « tiers-sauvage ». La structure dépend directement du ministère et acquiert des terrains fragiles ou menacés afin de les protéger définitivement de toute urbanisation. Il en confie ensuite la gestion aux collectivités, aux communes, à des associations, qui gèrent les terrains selon les orientations définies par la structure.

En 1985, les Espaces Naturels Sensibles (ENS) sont créés et placés sous la responsabilité des départements, qui en acquièrent la maîtrise foncière. Le classement en ENS a pour but de « préserver la qualité des sites, des paysages, des milieux naturels et des champs d’expansion des crues et d’assurer la sauvegarde des habitats naturels ; mais également d’aménager ces espaces pour être ouverts au public, sauf exception justifiée par la fragilité du milieu naturel » (Voir le site Conservation nature).

Le point d'orgue de cette dynamique protectrice est incarnée par la Loi Littoral, votée à l'unanimité en janvier 1986. Son objectif, qui a fait grand bruit lors de sa mise en vigueur, est l'équilibre entre protection et aménagement par la maîtrise de l'urbanisation existante et la protection des espaces encore vierges d'urbanisation afin d'éviter de reproduire les schémas existants. La loi promeut la préservation des espaces naturels remarquables, la protection des espaces nécessaires à l'agriculture et à l'aquaculture, les coupures d'urbanisation, l'interdiction des constructions dans une zone inférieure à 100 mètres du bord supérieur du rivage.

Dans les années 2000, la loi SRU qui s'applique à tous les territoires associe également l’aménagement et le développement durable afin de procéder à des économies dans la consommation des espaces, à la protection de l'environnement, à la mixité sociale et à la maîtrise des déplacements.

À ces outils s'ajoute en 2003 un nouveau mode de gestion des territoires littoraux, la Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC). Le principe est novateur, il s'agit « de reconnaître la responsabilité directe des populations à l'égard de leur territoire » et d'inscrire toute démarche dans un ordre de « développement durable ». Ainsi, « au lieu de zoner l'espace en le découpant, de le fractionner pour le gérer, ce qui avait été fait jusque là, elle tente au contraire d'assurer la cohabitation entre les activités variées et les divers modes d'occupation du territoire. Soucieuse, enfin, d'une utilisation économe des ressources, du maintien des écosystèmes et des anthroposystèmes en place, c'est finalement au géosystème littoral, vision plus globale et centrée sur l'homme en tant qu'être social, qu'elle s'intéresse. Elle axe donc sa réflexion et son action sur la place de l'homme dans ces milieux en tant qu'acteur majeur de leurs évolutions » (LEBAHY Y., LE DELEZIR R., 2006).

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