Introduction

Les paysages du massif armoricain sont caractérisés par des reliefs hercyniens érodés et aplanis, où les vallées incisent les plateaux, notamment dans les roches les plus résistantes. Ce relief « en creux » est marqué par des vallées encaissées de plusieurs dizaines de mètres, notamment dans leur partie aval. C’est au XIXème siècle que leur franchissement a été possible sans descendre en fond de vallée grâce à la construction d’ouvrages d’art dont la silhouette constitue désormais un motif marquant de ces vallées (exemple du viaduc de Morlaix, au dessus du Dossen).

Dans les vallées encaissées, les versants en forte pente induisent également une rupture dans l’occupation du sol puisque difficilement labourables. En fonction des époques et de leur proximité à la ville, ces versants ont donc été tantôt occupés par des landes, par du maraîchage, par l’extension urbaine, ou au contraire par la reconquête forestière. Dans les vallées peu encaissées situées en amont, ou dans les plaines aux roches plus tendres, il n’y a pas de rupture de pente et donc pas de rupture dans l’occupation du sol, qui reste la même jusqu’en fond de vallée.

Le fond de la vallée, dont l’humidité des sols induit des usages spécifiques, se détache très nettement dans le paysage : traditionnellement voués aux prairies permanentes bordées par des talus de ceinture, beaucoup de ces fonds de vallée ont évolué vers la forêt, spontanée ou plantée de peupliers. Les zones humides de ces fonds de vallée sont désormais des enjeux écologiques majeurs, tant du point de vue de la qualité de l’eau que de la biodiversité. Le fond de vallée a été et est encore le lieu d’implantation de différentes activités liées à la proximité du cours d’eau : les moulins notamment mais aussi de manière générale les transports et artisanats qui ont exploité l’énergie hydraulique, dont bien sûr les barrages. La proximité du cours d’eau induit de nombreuses activités, y compris dans la vie quotidienne des riverains.

Le cours d’eau lui-même a subi de nombreux aménagements : mise en place de biefs pour les moulins, canalisation pour les transports, voire même couverture du cours d’eau en milieu urbain, notamment dans les années 1960 avec le développement de l’automobile. Dans les plaines agricoles, la calibration des cours d’eau et le drainage des prairies humides, pratiqués dans les années 1970, sont désormais évités, et quelques rares cours d’eau sont même re-méandrés. À l’aval des vallées, la pénétration des marées sur des dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres crée des paysages de rias très spécifiques.

Ainsi, le profil en travers de la vallée, du plateau au cours d’eau, fait apparaître une variété de mises en valeur qui contribue à des paysages de vallée attractifs et pittoresques, offrant depuis le haut des versants des panoramas souvent valorisés par des belvédères (voir par exemple le site du château de La Roche Jagu, sur le Trieux). Mais si l’on observe les vallées bretonnes dans leur profil en long, de l’amont vers l’aval, elles présentent également une succession de paysages variés, suivant des sections agricoles, urbaines, boisées…C’est cette variété que nous avons tenté de regrouper sur la synthèse graphique composée de deux tronçons de vallées, évasés en amont et plus encaissés vers l’aval, sans pouvoir être exhaustifs puisque les estuaires notamment sont absents.

Les vallées sont au centre de nombreux enjeux contemporains (qualité de l’eau, biodiversité, énergies renouvelables, trames vertes…) que l’on ne peut vraiment comprendre que dans leur contexte paysager. Ce dernier nous permet d’appréhender la complexité des interactions qui s’y déroulent et qui évoluent dans le fil de l’histoire. Les documents sélectionnés nous donnent à voir ou revoir l’évolution du paysage sur certains thèmes plus spécifiques : le système agraire, les cours d’eau canalisés, l’aménagement des cours d’eau, les ouvrages d’art, la vie quotidienne, les moulins, les barrages.

Vallée du Loch n°1Vallée du Loch n°1
2007
Les versants de la vallée sont mis en prairies ou bien en labour, on observe d'ailleurs un tracteur à l'œuvre. Le fond de la vallée est occupé par la rivière du Loch soumise à l'influence des marées, d'où les vastes secteurs de schorres. Le pont ferroviaire de Tormor traverse cet espace en périphérie d'une zone urbaine, visible à l'arrière-plan.

David Ledan © Observatoire photographique du Paysage/SIAGM – Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
Vallée du Loch n°3Vallée du Loch n°3
2011
Peu de changements si ce n'est une rotation des cultures sur le versant opposé.

David Ledan © Observatoire photographique du Paysage/SIAGM – Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
Dynamique de la ville et du bourg

En savoir plusVoir la dynamique

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013