L'aménagement des cours d'eau en ville

19ème siècle – Des modifications anciennes liées aux fonctions de production

Au début du 19ème siècle, les villes concentrent les activités de production qui utilisent la force hydraulique ou bien l'eau pour rincer, nettoyer, chauffer, etc. Elles se situent donc sur les berges et s'accompagnent souvent de structures où l'eau stagne. Les cours d'eau sont des espaces aménagés en vue de faciliter le transport de l'eau jusqu'aux roues des moulins ou bien permettre le déchargement des marchandises. Digues, lavoirs, structures industrielles (bassins de retenue, biefs,...) parsèment les berges et créent des paysages artificialisés.

L'eau rendue souvent stagnante par des aménagements et si utile pour l'industrie est de plus en plus perçue comme négative surtout avec l'émergence du discours hygiéniste et l'évolution de la science (Guillerme A., 1983). De plus, le cours d'eau urbain charrie les égouts, les déchets industriels, et l'eau devient une problématique importante dans les villes face à sa qualité médiocre. Il faut nettoyer, cureter les réseaux d'eau de surface afin de regagner une qualité de l'eau et donc de vie. Cette prise de conscience se développe en même temps que la volonté d'intégrer une dimension esthétique dans la ville en aérant par exemple l'espace et en créant des parcs paysagers incluant les cours d'eau. Il faut donc maîtriser le cours d'eau en le canalisant, en modifiant son tracé.

1975 – Un renforcement des aménagements, vers un recouvrement des cours d'eau

L'urbanisation est à l'origine de transformations parfois radicales sur certains cours d'eau. En effet, la ville se construit souvent au dépend de la rivière et en diminue le domaine (Larras J., 1965). Des bras secondaires sont supprimés, les marais et les champs d'inondation disparaissent également car cela permet de gagner de l'espace à bâtir pour que la ville se densifie ou s'étende. On réduit la largeur des cours d'eau en les canalisant et en les endiguant. Les zones régulièrement inondables deviennent des surfaces où les habitations sortent de terre, et les risques d'inondations se multiplient, à cause de l'impossibilité de l'eau de s'évacuer.

La phase ultime est celle de recouvrement des cours d'eau. Il s'agit de l’intervention la plus radicale car elle se traduit par sa disparition totale. Dans certains secteurs de vallées, la mémoire du cours d'eau tend même à s'effacer, on ne sait plus où il passe. Cet aménagement s'est déroulé à la fois en milieu urbain et rural. Ce recouvrement s'est soldé par des bouleversements pour la biodiversité, mais également pour les nappes phréatiques car le recouvrement signifie souvent la mise sous tuyaux, le bétonnage du fond du lit.

La valléeLe Légué n°1
1906-1936
La vallée du Gouët est traversée par le pont ferroviaire de Souzain, qui crée une rupture visuelle avec l'amont. Le fleuve du Gouët a un lit mobile et soumis aux influences de marées dans ce secteur d'embouchure. L'axe de communication longe la berge.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 19FI, cote 19FI_391, droits réservés
La valléeLe Légué n°2
1995
Les transformations sont nombreuses et d'ampleur pour le paysage de la vallée. Le Pont de Souzain a été détruit en 1995, redonnant ainsi de la profondeur. Le Gouët a été rectifié, diminuant de moitié sa largeur. Les versants ne sont plus cultivés mais recouverts de friches arborées et de résidences périurbaines. L'arbre semble être devenu le motif paysager prépondérant dans ce paysage en périphérie de Saint-Brieuc..

Auteur inconnu © CAUE 22, droits réservés

L’impact sur les paysages est fort car le cours d'eau autrefois lieu central des vallées et composante essentielle disparaît, ou bien dans une moindre mesure est rétréci. C'est tout le paysage de la vallée qui s'en trouve bouleversé. Ces actions de modification en profondeur des cours d'eau témoignent également d'une volonté de maîtrise de l'homme sur son milieu, qui malgré tout dans le cas des inondations témoigne de son incapacité à totalement diriger le cours de l'eau.

2012 – La restauration écologique des cours d'eau

Avec la promulgation des lois sur l'eau de 2004 et de 2006 qui ont converti les objectifs de la Directive Cadre sur l'Eau dans le droit français, une nouvelle tendance a vu le jour : celle de la restauration du bon état écologique des cours d'eau. De fait, les aménagements des cours d'eau urbains font l'objet d'une restauration écologique notamment par la suppression des digues et seuils des moulins qui empêchent la continuité et empêchent l'eau d'être libre. Dans le cas des cours d'eau recouverts, des opérations de remise à ciel ouvert ont lieu. Ces « désaménagements » s’accompagnent de travaux lourds et d'une reconstitution totale d'un lit pour le cours d'eau. Mais dans certains cas, ces opérations d'envergure sont impossibles à mener, du fait de l'occupation par du bâti, ou bien de l'impossibilité de récupérer le cours d'eau qui a été enfoui.

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013