La vie quotidienne

Entre loisir et activités ménagères

Les vallées sont avant tout des espaces de vie. De nombreuses activités de la vie quotidienne s'y déroulaient, pouvant être classées selon deux types : activités ménagères et productives d’une part et de l'autre les activités récréatives.

Au 19ème siècle, les abords des cours d'eau sont investis par toute une société féminine venue pour les lessives. Qu'elles soient lavandières professionnelles ou ménagères, elles se retrouvent autour des lavoirs, souvent couverts, ou bien autour des « pierres à laver ».

La vallée« Autour du lavoir »
Années 1940
En milieu rural, les lessives se faisaient souvent autour de points d'eau, parfois au milieu des champs. Il fallait alors apporter les lourds ballots de linges sales sur des brouettes. Le lavoir était un monde réservé aux femmes.

Lucien Pouëdras © Lucien Pouëdras, droits réservés

Autour du lavoir

Dès les premières belles journées du printemps, le lavoir se réveille à son tour. L’eau y est moins froide. « Par beau temps le linge se lave mieux » disait on ! La présence du soleil, par des journées plus longues, favorise le séchage du linge que l’on étendra sur les haies, les touffes d’osier ou sur l’herbe, tout simplement. Le lavoir sera complet, aussi mieux vaut arriver le plus tôt possible pour choisir les bonnes pierres ! Le potager voisin, comme le lavoir, est très visité à son tour ; le moment est venu de profiter du réveil de la terre. La fontaine aussi se mêlera à ce renouveau. Rien de tel que le printemps pour activer les rencontres et les conversations.

Extrait de « Lucien Pouëdras, la mémoire des champs », 2010

Chaque hameau ou groupement de maison isolé peut compter sur la présence d'un lieu destiné aux lessives. En ville, la densité de ces structures augmente. Dans la vallée de Gouédic, par exemple, on dénombre pas moins de trois lavoirs : un lavoir couvert, un lavoir fréquenté par les ménagères, un lavoir privé appartenant à une lavandière de profession (AMENO, 2007).

Ces structures, outre leur fonction quotidienne de lessive, sont pour les femmes des haut-lieux de la vie sociale et de véritables centres d'informations et de convivialité. Le lavoir est un monde de femmes, interdit aux hommes, qui ne pouvaient seulement qu'aider à porter les paquets. Elles y passaient de nombreuses heures à frotter, rincer et étendre le linge à même les broussailles, ou dans l'herbe sur les flancs des vallées. À certaines périodes de l'année, et notamment au moment des grandes lessives, les vallées se couvraient de blanc (Giraudon D, 1998).

Mais les vallées ne sont pas que des espaces de travail, elles étaient aussi des lieux de promenade. Les familles aisées les fréquentaient avec leurs enfants, qui s'amusaient au bord des ruisseaux, sur les pentes, au milieu des arbres. Les pêcheurs investissaient les berges des cours d'eau et des étangs.

La valléePromenade le long du boulevard
1904-1908
La proximité avec le quartier bourgeois de Saint-Michel faisait de la vallée de Gouédic et ses abords des lieux de promenade privilégiés pour les habitants. Sur ce cliché, c'est le long des boulevards que l'on se promène, on peut ainsi profiter de la vue sur la vallée.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_5000, droits réservés
La valléeUn coin du parc des Promenades
1904-1908
Depuis le parc des Promenades la vue sur la vallée est imprenable. La photographie met l'accent sur la tranquillité du lieu, le panorama dont jouissaient les populations bourgeoises, que ce soit dans le parc ou bien depuis leurs villas.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16FI, cote 16FI_5004, droits réservés

 

À Saint-Brieuc, le développement du quartier Saint-Michel ainsi que la construction de la ligne départementale de chemin de fer sur les boulevards contribuent à faire de la vallée de Gouédic un espace attractif pour les citadins (AMENO, 2007). Par conséquent, l'espace de la vallée est aménagé afin de permettre les promenades dans les meilleures conditions. C'est un véritable parc urbain qui se met en place. L'attraction pour le canotage se développe à la même période. Lorsque la taille du cours d'eau le permet, les promenades sur l'eau sont très appréciées des populations bourgeoises qui investissent la rivière et ses berges pour des piques-niques, parties de campagne. Les vallées deviennent donc peu à peu des espaces de loisirs.

La vallée« Baignade à Pont-Augan »
Années 1940
Une écluse et un barrage surmonté d'une passerelle barraient le cours d'eau. Lors des chaudes journées estivales, ils étaient alors des points stratégiques pour la baignade et les plongeons des enfants.

Lucien Pouëdras © Lucien Pouëdras, droits réservés

Baignade à Pont-Augan

C’est l’été, un dimanche après-midi. Par beau temps, Pont Augan et son Blavet étaient une destination naturelle. On s’y rendait à pied ou à bicyclette pour y trouver jeux de boules, bistrots, pêches et baignades. L’écluse se prêtait bien à la baignade, même si les dangers étaient grands. Depuis la passerelle, les plongeurs se précipitaient dans une eau souvent profonde, sans surveillance. Cette écluse était au pied d’une colline, côté Quistinic, sur son sommet se trouvait la chapelle dite de Sainte Barbe. La passerelle débouchait dans une papeterie aujourd’hui abandonnée.

Extrait de « Lucien Pouëdras, la mémoire des champs », 2010

Un paysage pour le loisir

La valléeLa Garenne à Vannes n°1
Vers 1900- 1910
Photographie extraite de l'exposition «  Regards croisés, les paysages du Golfe vus par ses habitants  ». On y voit des lavandières, probablement professionnelles et ménagères mélangées, nettoyer draps, vêtements...Ces images étaient alors monnaie courante pour les passants de l’époque.

Auteur inconnu © SIAGM – Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
La valléeLa Garenne à Vannes n°2
2004
Photographie extraite de l'exposition «  Regards croisés, les paysages du Golfe vus par ses habitants » . Le même lieu a beaucoup changé, les lavandières ont disparu, remplacées par des gradins, qui semblent indiquer que le bord du cours d'eau est devenu un lieu de loisir. Le bord des remparts, sur la droite, a été modifié afin de permettre l’implantation d'un parking. Autrefois laborieux, le site est au 21ème siècle un espace récréatif.

Fanny Le Bayon © SIAGM – Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés

Entre 1910 et 1990, la disparition des activités de lavandières et la modernisation de la société ont conduit à faire des vallées des espaces principalement de loisirs. Beaucoup de secteurs autrefois dévolus aux usages quotidiens liés aux cours d'eau ont disparu ou bien sont aujourd'hui reconvertis. Les lavoirs sont des constructions qui font l'objet de mesures de restauration avec comme objectif la sauvegarde de ce patrimoine de la vie quotidienne.

Le principal changement réside dans l'évolution des fonctions des vallées. Elles sont devenues des espaces principalement récréatifs à proximité des villes. Dans ces secteurs, les berges sont souvent aménagées pour être utilisées comme chemins de randonnées, pistes cyclables, espaces sportifs.

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013