Le patrimoine bâti

Le patrimoine, et notamment le patrimoine bâti est riche en Bretagne traduisant alors le savoir-faire et l’histoire des pratiques et des usages. Celui-ci a toujours intéressé les artistes : écrivains comme Victor Hugo (voir l’encadré ci-dessous), poètes, peintres, etc.

« Toute cette Bretagne, au reste, vaut la peine d’être vue. Quelquefois dans une petite bourgade, comme Lassay, par exemple, vous trouvez tout à coup trois admirables châteaux dans le même tas. Pauvre Bretagne! Qui a tout gardé, ses monuments et ses habitants, sa poésie et sa saleté, sa vieille couleur et sa vieille crasse par-dessus. Lavez les édifices, ils sont superbes. »

Extrait des « Œuvres complètes, Voyage »  de Victor Hugo vers 1906-1910.

Ce texte montre la richesse du patrimoine en Bretagne tout en critiquant le manque de restauration.

Le patrimoine, héritage commun d’une collectivité transmis aux générations suivantes, peut être de nature matérielle (œuvres artistiques, bâtiments, ouvrages d’art) et/ou de nature immatérielle (culture, langue, histoire, savoir-faire). Depuis le début du XXe siècle, il a fait l’objet de mesures juridiques afin de le conserver, le restaurer et le protéger. La loi de 1913 est destinée à protéger un monument historique du fait de son intérêt historique, artistique et / ou architectural. Les édifices religieux, dans les bourgs bretons, tels que les églises et les abbayes sont fréquemment classés ou inscrits en tant que monuments historiques.

Cette procédure de classement et d’inscription pour le patrimoine monumental va s’élargir en prenant en compte le contexte de son implantation avec la création d’un périmètre de 500 mètres (les abords) autour des édifices protégés (loi de 1943). La loi de 1962 sur les secteurs sauvegardés (dite Loi Malraux) étend le dispositif de protection pour plus de cohérence dans la rénovation des quartiers anciens notamment. Puis, des pans entiers de ville vont être classés par la création de Zones de Protection du Patrimoine Architectural et Urbain (ZPPAU) et leur extension aux sites naturels et paysages en 1993 (ZPPAUP) (www.vie-publique.fr).

Beaucoup de centres anciens des villes bretonnes sont classés en ZPPAUP par exemple le centre ancien d’Auray ou celui de Vannes.

Avec les lois de décentralisation , les collectivités locales sont associées à la gestion du patrimoine. À partir des années 1960, un engouement du public se manifeste pour le patrimoine de proximité, « le petit patrimoine » et les savoirs locaux.  Ainsi émergent des associations de sauvegarde du patrimoine vernaculaire comme l’association « Les communes du patrimoine rural de Bretagne». Les communes s’investissent dans la mise en valeur de leur patrimoine (lavoirs, fontaines, moulins, etc.) avec la restauration des églises comme à Plouénour-Ménez, commune du Parc Naturel Régional d’Armorique (pour certaines communes, il est difficile de supporter le coût d’un tel ouvrage).

La ville et le bourgÉglise de Plounéour-Ménez n°1
1997
Datant du XVIIe siècle, cette église et ce calvaire en granit font parties d'un « enclos paroissial ». L'église, classée monument historique en 1914, propose une architecture sobre. En 1994, son accès y est interdit pour cause de délabrement.

Jean Christophe Ballot © Observatoire photographique national du paysage / Ministère – Itinéraire n°19: PNRA – droits réservés
La ville et le bourgÉglise de Plounéour-Ménez n°2
1999
Les travaux de restauration débutent en 1997.

Jean Christophe Ballot © Observatoire photographique national du paysage / Ministère – Itinéraire n°19: PNRA – droits réservés
La ville et le bourgÉglise de Plounéour-Ménez n°3
2001
Les deux-bas côtés sont déconstruits pour leur future restauration.

Jean Christophe Ballot © Observatoire photographique national du paysage / Ministère – Itinéraire n°19: PNRA – droits réservés
La ville et le bourgÉglise de Plounéour-Ménez n°4
2005
La restauration de l'église est finie.

Jean Christophe Ballot © Observatoire photographique national du paysage / Ministère – Itinéraire n°19: PNRA – droits réservés

Les savoir-faire en matière de construction de l’habitat rural sont également un héritage à conserver. On résume souvent l’habitat breton aux longères que l’on trouve dans de nombreuses régions pauvres, occupées par des paysans journaliers ou de petits tenanciers. Souvent étroites et de plain-pied, elles permettent de faire cohabiter les hommes et le cheptel. Cependant, la variété des types d’habitations révèle des faits de société propres à chaque région. (Mikael Bodlore-Penlaez, Divi Kervella, 2011). En effet, on utilisait les matériaux locaux (toitures végétales, ardoises, tuiles, murs en granite, en schiste, en grès, structure et bardage en bois, paille, terre, etc.) issus du site d’implantation pour façonner son habitation. L’ancrage et l’orientation de l’habitation résultent de la topographie du lieu en suivant les courbes de niveau. L’habitation s’intègre alors pleinement dans son milieu. Le chaume, par sa propriété isolante est utilisé dans l’architecture paysanne (Sud Bretagne).

Dans les Monts d’Arrée, le granite, le schiste et l’ardoise permettent de résister aux conditions météorologiques. L’habitat rural est alors très diversifié de par les matériaux utilisés même si les formes architecturales sont simples. Il propose alors une identité d’ensemble liée à la forme déclinée selon une mosaïque locale provenant des matériaux et des usages..

La ville et le bourgMaison en terre
1990
Cette maison en terre , dans le bourg de La Prenessaye, illustre l'habitat rural du bassin de Rennes. Du fait du sous-sol argileux dans cette zone de la Bretagne, les maisons construites en terre « crue » apparaissent au XVIe siècle et perdurent durant 4 siècles. L'entourage des ouvertures ici en bois est appelé « la carrée ».

CAUE 22 © CAUE 22, droits réservés
La ville et le bourgMaison en schiste
1990
Datant de 1824, ce bâtiment est typique de l'habitat en schiste du pays rennais. L'édifice présente un appareillage constitué quasi-entièrement de plaquettes de schiste.

CAUE 22 © CAUE 22, droits réservés
La ville et le bourgMaison en grès
1996
Cet édifice, à Ploumilliau, est typique d'un habitat rural du littoral nord. Il est composé de murs en grès et d'une toiture en tuile.

CAUE 22 © CAUE 22, droits réservés
La ville et le bourg« Répartition du patrimoine architectural, alliance de la nature et de l'habitat humain »
2001
Représentation cartographique des différentes typologies de l'habitat en Bretagne : les matériaux de construction utilisés dans l’habitat traditionnel sont étroitement liés aux ressources locales, circuit court établi pour des raisons économiques.

Mikael Bodlore-Penlaez & Divi Kervella © Mikael Bodlore-Penlaez & Divi Kervella, droits réservés

 

La question du devenir de cette diversité se pose évidemment de manière radicale au XXe siècle comme nous le montre la série photographique de Saint-Julien à Camaret-Sur-Mer, commune du territoire du Parc Naturel Régional d’Armorique. (Laurence Le Dû-Blayo, 2007). Ainsi, le service de l’inventaire du Conseil Régional s’attache à inventorier le patrimoine culturel pour d’éventuelles mesures de protection du bâti breton.

La redécouverte des pratiques locales apporte un nouveau regard sur l’emploi des matériaux locaux (circuits courts), sur l’adaptation au site (économies d’énergie) et plus généralement sur l’habitation de demain.

La ville et le bourgMaison en terre à Vignoc
2012
La maison de Paula Cohen est en restauration. La façade Ouest a été recouverte d'un mélange terre-paille, la façade Est attend le même traitement.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
Chavagne n°1: Description de la localisation d'une maison en sortie de bourg La maison en terre de Vignoc n°1 : le choix du bâti ancien
2012
Paula Cohen habite dans une maison en terre de 200 ans. Elle souhaite garder la trace des générations précédentes en la restaurant à l'identique.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
Chavagne n°4:Témoignage oral sur l'ambiance sonore de la sortie de bourg La maison en terre à Vignoc n°2 : la restauration
2012
Paula Cohen relate la difficulté de restaurer le bâti ancien. Elle explique les propriétés des différents matériaux qu’elle utilise pour rénover sa maison en terre.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013