Les réseaux ferrés

L’arrivée du chemin de fer bouleverse le paysage urbain et rural comme le décrit Lucien Pouëdras.

 Il va changer considérablement le mode de vie des bretons en modifiant aussi la perception du paysage traversé par la locomotive. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Bretagne est reliée au reste du pays par les lignes de la compagnie de l’Ouest au Nord de la Région (Paris-Brest) et par les lignes de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans au Sud (Savenay-Landerneau en passant par Redon et Quimper). 

La ville et le bourg« L'arrivée du chemin de fer »
Vers 1900
Représentation d'une locomotive à vapeur regardée vivement par les enfants.

Lucien Pouëdras © Lucien Pouëdras, droits réservés
Témoignage oral sur les indices sonores quotidiens liés au train
2012
Lucien Pouëdras relate l'importance de la sonorité du train lors de son passage pour analyser la météo.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

L'arrivée du chemin de fer

« L'arrivée du chemin de fer dans les campagnes a constitué une véritable révolution. La scène de la toile se déroule en 1874. Mon grand-père, né en 1867, s'était fait accompagner pour le spectacle alors qu'il avait sept ans. Un tunnel perforait la colline séparant le Blavet de l'Evel, au lieu-dit Trémorin. En débouchant de ce tunnel, le train, dans un bruit infernal, crachait une forte fumée. Tantôt apprécié, il l'était pour se rendre au marché d'Hennebont, et critiqué de par sa pratique de la ligne droite qui mettait à mal le bocage (parcelle, chemins, sentiers). Respectueux des horaires, il était un indicateur utile, y compris pour les enfants se rendant à l'école. Quand il arrivait au nord, mon grand-père était attentif à l'intensité du bruit qu'il faisait. Il mesurait ainsi l'évolution des vents passant de la mer à l'est. »

Extrait de « La mémoire des champs », Lucien Pouëdras, 2010.

L'auteur décrit l'impact du chemin de fer dans le quotidien des Bretons.

Le centre de la région Bretagne se voit délaissé par cette modernisation et reste isolé. Après plusieurs lois déclarant d’utilité publique la constitution de lignes intérieures, la compagnie de l’Ouest construit un réseau en étoile en voie métrique autour de la ville de Carhaix. Le réseau est alors exploité par la Société générale des chemins de fer économiques. Jusqu’en 1925, malgré un ralentissement durant la Première Guerre mondiale, le Réseau Breton s’étend et devient l’un des plus importants réseaux secondaires de France.

Les villes bretonnes desservies par le chemin de fer vont se doter d’une gare. Elle est en proche périphérie par rapport au centre de la ville. Les bâtiments du réseau de style « Compagnie de l’Ouest » sont composés d’une halle à marchandise accolée au bâtiment voyageur. L’étage supérieur est affecté au chef de gare. Les façades sont en briques rouges avec des soubassements en granite et recouvertes d’une toiture en tuile. Les haltes, petites gares ayant un service limité, sont composées seulement de la partie « voyageur » comme à Pleurtuit.

La ville et le bourgGare de Saint-Brieuc n°1
Vers 1920-1930
Créée en 1863 par la Compagnie des chemins de l'Ouest, la gare est composée d'un bâtiment central couronné d'une coupole décorée d'une grande verrière semi-circulaire.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16 FI 4877, droits réservés
La ville et le bourgGare de Saint-Brieuc n°2
2012
La gare est rénovée en 1988 à l'occasion de l'électrification de la section de ligne de Rennes à Brest. Un parking est aménagé devant la gare. Une route passe devant la gare (anciennement le jardin) bordée d'abribus. La gare est reliée aux transports en commun.

Emmanuel Poirier © Syndicat Mixte du Pays de Saint-Brieuc, droits réservés

Des passages à niveau tout au long de l’axe (croisement d’une voie ferrée avec une voie piétonnière ou routière) sont gardés par des gardes-barrière ou non. Cette nouvelle mobilité amène à la création de nouveaux pôles économiques et de logements aux alentours de la gare faisant de celle-ci un nouveau quartier dans la ville.

Au-delà du transport des voyageurs, le réseau ferré facilite les échanges économiques. On importe les marchandises pour l’agriculture (engrais, amendements, fourrages pour l’élevage) et pour les matériaux de construction (ciment). On y exporte principalement les produits issus de l’agriculture et les produits d’extraction locaux (argiles, matériaux d’empierrement, ardoise). En 1938, les différentes compagnies privées et le Réseau de l'État deviennent la "Société Nationale des Chemins de Fer Français" (S.N.C.F.).

Dans les années 1960, pour des raisons de déficits économiques dus notamment à l’augmentation significative des véhicules automobiles et à l’exode rural, l’ensemble des lignes métriques sont fermées sauf les lignes Paimpol-Guingamp et Guingamp-Carhaix qui ont été normalisées. Les haltes sont abandonnées.

Dans les années 1990, les voies ferrées se sont démultipliées notamment avec l’implantation du réseau TER desservant la région. Les gares s’agrandissent affichant une architecture contemporaine et faisant le lien avec les transports en commun de la ville. Les passages à niveau sont automatisés avec un feu rouge clignotant doublé d’une sonnerie, visibles à La Hisse.

La ville et le bourgLes voies de chemin de fer de Lamballe
Vers 1948-1972
L'avènement des voies ferrées monopolise de vastes surfaces, qui peuvent aussi devenir des réserves foncières au tissu urbain.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 26 FI 159, droits réservés

Le quartier de la gare est totalement intégré dans la ville et l’étalement urbain s’étend bien au-delà de cette ancienne limite urbaine. Sur la vue aérienne de Lamballe, dans les années 1970, la gare et les réseaux ferrés ont une emprise importante sur l’espace urbain créant une discontinuité entre les quartiers.

Avec la construction de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Bretagne-Pays de la Loire prévue pour 2017, la Bretagne va subir de profondes modifications urbaines et notamment à Rennes. 

Aujourd’hui, le Réseau Breton est reconverti sur certains tronçons en activité touristique et de loisirs : le tronçon Pontrieux-Paimpol est traversé par la vapeur du Trieux (locomotive à vapeur) l’été, la gare de Médréac propose des parcours de vélo-rail. La région de Carhaix (villages de Scrignac et de Locmaria-Berrien) transforme ses lignes en voies vertes pour les randonneurs et les habitants construisant alors de réels itinéraires de découverte des paysages.

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013