L'aménagement et le mobilier urbain

La ville et le bourgBoulevard Charner à Saint-Brieuc n°1
Vers 1910-1920
Ce boulevard reçoit une ligne de tramway. À droite de la voie, un espace (arbres d'ombrages et éclairage public) est aménagé pour les piétons avec une barrière afin de différencier les fonctionnalités du boulevard. À gauche de la voie, un trottoir permet d'accéder aux boutiques.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16 FI 4991, droits réservés
La ville et le bourgBoulevard Charner à Saint-Brieuc n°2
2012
Dorénavant, un rond-point distribue le boulevard. L'espace à usage des piétons cède en partie la place aux voitures. Des panneaux indiquent les différentes directions.

Emmanuel Poirier © Syndicat Mixte du Pays de Saint-Brieuc, droits réservés

L’aménagement et le mobilier urbain ont été profondément modifiés en à peine un siècle.

L’électrification, la production en série, la démocratisation de la voiture invitent les politiques publiques à réorganiser la ville. Au début du XXe siècle, les rues sont en terre battue, nues de tout aménagement. Les boulevards, comme le boulevard Charner à Saint-Brieuc, généralement pavés, sont bordés de trottoirs abrités par des alignements d’arbres. La ville est éclairée par des candélabres, fonctionnant au gaz à partir des années 1860, puis avec l’électricité vers 1915.

« En regardant les lumières de la ville , je me souviens d’avoir ouï-dire que du temps de mes grands-parents les rues n’étaient éclairées que par des lampes à l’huile, et encore ne les allumait-on pas les soirs de lune – mais sont arrivés les becs de gaz, et je me souviens fort bien de l’allumeur de réverbères, avec sa grande perche sur l’épaule, et la poire qu’il pressait pour faire la flamme, et après le gaz, l’électricité et les grandes lumières partout que c’en est une féerie. » 

Extrait de « L'herbe oubli » de Louis Guilloux, 1984.

Ce texte décrit l'évolution de l'éclairage public.

Avec l’augmentation du trafic routier toujours plus important, la voirie est goudronnée à partir de l’entre-deux-guerres (notamment pour les nationales et pour les départementales). L’ensemble des routes s’élargissent à partir des années 1950. Les abords de la voie sont transformés en places de parking suivies d’un trottoir. Les alignements d’arbres sont supprimés pour gagner de l’espace. Les panneaux de signalisation et de direction s’implantent dans toute la ville pour orienter les conducteurs. Par exemple, la rue neuve à Loudéac répond, dorénavant, à une organisation de la circulation automobile et non plus piétonne (marquage au sol, parking, sens interdit). La photographie de Pont-de-Buis-les-Quimerc’h, dans le Parc Naturel Régional d’Armorique illustre un aménagement contemporain répondant à de nouveaux besoins liés à la voiture mais aussi au mode de vie actuel (panneaux de signalisation, panneaux indicateurs, trottoirs, poubelles, etc.).

Le réseau aérien permet de raccorder les habitants à l’électricité et au téléphone, imposant alors des systèmes de lignes désorganisés dans toutes les parties de la ville. La série photographique de Pleumeur-bodou ou de Brasparts, commune rurale du Parc Naturel Régional d’Armorique, montre l’impact des lignes électriques dans le paysage urbain et plus encore dans les hameaux et villages du fait de la dispersion de l’habitat. Les cabines de téléphone à pièces font aussi leur apparition.

La ville et le bourgLa rue neuve à Loudéac n°1
Vers 1904-1908
La route est bordée d'une zone enherbée et arborée.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16 FI 2407, droits réservés
La ville et le bourgLa rue neuve à Loudéac n°2
1999
La zone enherbée est réduite pour implanter un trottoir. Un panneau « sens interdit » informe le conducteur. De nouveaux arbres sont plantés. À droite de la photographie, la maison cède sa place à un parking.

CAUE 22 © CAUE 22, droits réservés
Témoignage oral sur la représentation de l'ambiance sonore de la rue neuve à Loudéac
2012
Jacques Sorgniard compare l'ambiance sonore qui se dégage à travers les deux photographies de la rue neuve à Loudéac. L'évolution sonore de cette rue est en relation avec son aménagement qui répond aux besoins contemporains. .

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
La ville et le bourgPleumeur-Bodou n°1
1996
Le réseau électrique et téléphonique est prédominant dans ce paysage.

Thibaut Cuisset © Observatoire photographique national du paysage / Ministère – Itinéraire n°5: CAUE 22 – droits réservés
La ville et le bourgPleumeur-Bodou n°2
2002
Peu de modification en dehors de la croissance d'un arbre.

Max Grammare © Observatoire photographique national du paysage / Ministère – Itinéraire n°5: CAUE 22 – droits réservés
La ville et le bourgPleumeur-Bodou n°3
2009
Le réseau électrique est pour une partie enfoui. Une maison est construite, densifiant l'habitat mais également masquant la perspective sur le clocher de l'église.

Max Grammare © Observatoire photographique national du paysage / Ministère – Itinéraire n°5: CAUE 22 – droits réservés

Entre 1975 et 1990, le système de circulation est repensé. Les premières rocades, formant un anneau autour de la ville, permettent de désengorger la circulation dans le centre-ville et de gagner de la vitesse. Les ronds-points, qui se sont multipliés en quelques décennies,  fluidifient le trafic et contraignent les conducteurs à réduire leur vitesse. Ils font d’ailleurs l’objet de traitement particulier se faisant souvent vitrine de la ville comme à Sarzeau où le blason de la ville siège au milieu des massifs fleuris.

Aujourd’hui encore, l’aménagement de la voirie est une préoccupation majeure des communes et des départements devant répondre à l’ergonomie dans la distribution des voies, à des exigences de temps (parcourir des grandes distances en moins de temps), à des besoins en matière de sécurité, à l’intégration paysagère de ces aménagements. Le marquage au sol et la texture du sol sont importants car ils soulignent la fonctionnalité des espaces comme on peut le remarquer à Damgan.

La ville et le bourgDamgan n°1
Vers 1900-1930
Extrait de l'exposition « Y'a pas photo ! », 2010. La rue est en terre battue. Tous les habitants sont sortis pour poser sur la photographie.

Auteur inconnu © Archives départementales du Morbihan, droits réservés
La ville et le bourgDamgan n°2
2000
Extrait de l'exposition « Y'a pas photo! », 2010. La voirie est aménagée. Au sol, les différents matériaux utilisés délimitent et donnent les fonctions des différents espaces. Le mobilier urbain contribue également à cette délimitation.

David Ledan © SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés

Dans des perspectives d’embellissement de la ville, des années 1990-2010, les rues sont requalifiées. Le réseau aérien est enterré. L’éclairage public est renouvelé avec des tentatives d’économie d’énergie. De même, lors des travaux de requalification des rues, quand cela est possible, on conserve la végétation préexistante.

En complémentarité avec cette volonté d’amélioration du cadre de vie, les mobilités douces (pistes cyclables, voies vertes piétonnes, pédibus) confirment la nécessité de limiter l’usage de la voiture et de se réapproprier l’espace de la ville. L’aménagement est aussi repensé pour les personnes à mobilité réduite (élargissement des trottoirs pour les personnes en fauteuil roulant, signal sonore aux feux rouges pour les personnes malvoyantes, etc.). Ainsi, l’aménagement et le mobilier urbain sont bien représentatifs de l’évolution de la société mettant en lumière l’expression de nouveaux besoins, de nouvelles attentes. 

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013