La nature en ville

Le végétal a toujours eu une place prépondérante dans le tissu urbain sous des formes et des fonctions très contrastées évoluant à travers le temps: rites sociaux lors des promenades dans les jardins publics, nécessité d’autoproduire ses denrées alimentaires dans les jardins ouvriers, plaisirs d’agrémenter son balcon, espaces de loisirs dans les espaces verts, etc.

Hérités du XVIIIe siècle, les parcs et jardins publics comme le jardin du Thabor à Rennes, proposent une nature contrôlée reflétant l’esthétique de l’époque.  Le savoir-faire dans l’art des jardins s’exprime sous diverses typologies : le jardin à la française, le jardin à l’anglaise, le jardin botanique, l’arboretum, etc.

Aussi, au début du XXe siècle, les arbres tels que les ormes agrémentent le paysage urbain en marquant principalement la linéarité des boulevards comme pour le boulevard de la gare à Guingamp. Ils ont un rôle d’ombrage. Avec l’avènement de la voiture, certains alignements d’arbres sont supprimés au profit de places de parking, d’autres sont conservés mais ont souffert de la graphiose. Aujourd’hui, il est confirmé que les arbres en milieu urbain sont bénéfiques dans la lutte contre le changement climatique mais aussi dans la réduction de la pollution urbaine.

La ville et le bourgBoulevard de la gare à Guingamp n°1
Vers 1920-1930
Le boulevard de la gare est marqué très nettement par un allongement d'arbres. Ces arbres sont implantés sur les trottoirs afin d'apporter de l'ombre aux passants.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16 FI 139, droits réservés
La ville et le bourgBoulevard de la gare à Guingamp n°2
1999
Les arbres sont supprimés au profit de places de parking.

CAUE 22 © CAUE 22, droits réservés

Avec l’extension urbaine à partir des années 1960, les espaces verts s’intègrent davantage dans le tissu urbain au sein des immeubles ou commerces favorisant une plus grande mixité sociale (absence de grilles, jeux pour enfants, etc.). Ces espaces verts ont par contre rarement fait l’objet d’une attention particulière en termes de richesse horticole ou de créativité esthétique (Laurence Le Dû-Blayo, 2007).De grands parcs de loisirs s’implantent aussi dans la ville, le parc des Gayeulles est le plus vaste de Rennes, principalement forestier, il fait cent hectares et comprend trois plans d’eau. Les espaces publics des lotissements font aussi l’objet d’un traitement paysager.

Le fleurissement des villes, avec notamment des bacs fleuris suspendus aux réverbères ou posés au sol, contribue aux efforts d’embellissement de la ville.

Cependant, cette pratique est coûteuse en main d’œuvre, en amendement, en eau, en mobilier, etc. Cette ornementation végétale tend alors, à laisser place à des traitements plus simples de « nature » en ville en adéquation avec la nature du sol et de la culture locale. Par exemple, dans les franges urbaines, les jardins et parcs contemporains répondent aux préoccupations environnementales actuelles faisant souvent transition avec l’espace rural. Il s’agit souvent d’une « coulée verte » ou d’une « ceinture verte » profitant d’une gestion différenciée. La gestion différenciée propose un traitement de l’espace végétal adapté au type d’espace vert concerné et elle favorise donc pour les espaces les plus « rustiques » des pratiques extensives (prairie avec fauche tardive, jachère florale, utilisation des espèces locales, etc.). Ce mode de gestion permet alors de limiter la main d’œuvre, le coût en matière de végétaux, en amendement, en eau et contribue donc à la durabilité. Cette conduite, dans les franges urbaines mais aussi à l’entrée de la ville offre une nouvelle lecture du paysage urbain.

La ville et le bourgLes cheminements piétons de Beauregard
2010
Maintien d'arbres d'anciennes haies bocagères dans la ZAC de Beauregard.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
La ville et le bourgLa fauche tardive des espaces verts à Beauregard
2010
Ce « jardin de nature » a comme principe de laisser se développer une végétation spontanée. Certains de ces espaces ont une fonction écologique très forte. Les prairies sont fauchées une fois par an afin de permettre à la faune et la flore de se développer.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
La ville et le bourgLes jardins familiaux de Plancoët
Vers 1948-1972
À la sortie de la ville, des jardins familiaux font la jonction avec le paysage agricole. Ces jardins familiaux se développent considérablement après la seconde guerre mondiale.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 26 FI 263, droits réservés
Chavagne n°1: Description de la localisation d'une maison en sortie de bourg Ambiance sonore des jardins familiaux des prairies Saint-Martin à Rennes
2012
Cette captation explore l'environnement sonore des jardins familiaux : contraste entre le son continu de la circulation automobile de la ville et celui des oiseaux, contraste entre les travaux de jardinage et la circulation des vélos.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

Les jardins familiaux contribuent également à l’importance du végétal en ville. Ils sont issus des jardins ouvriers de la seconde moitié du XIXe siècle appelés « champ des pauvres » ou « clos des pauvres ». Avec l’accroissement de la classe ouvrière dû à la Révolution industrielle, ils apportent un complément de ressources aux ouvriers, dont les origines rurales sont encore proches et les savoir-faire agricoles vivaces. Ces lopins de terre, mis à disposition par les municipalités, se situent à la périphérie de la ville. Après la Seconde Guerre mondiale, ils sont dénommés jardins familiaux, et d’autres catégories socioprofessionnelles cultivent alors leur parcelle. L’urbanisation des années 1960 va marquer leur déclin. À partir des années 1980 et plus encore aujourd’hui, un regain pour les jardins collectifs (jardins familiaux, jardins d’insertion, jardins partagés) est visible dans le tissu urbain, souvent lié à une demande de produits sains. Ils encouragent le développement, la protection du patrimoine végétal et de la biodiversité avec un jardinage en général respectueux de l’environnement dans des perspectives de mixité sociale et de projet collectif.

Quant au village, au début du XXe siècle, il concentre les activités de service (écoles, mairie, église) et les activités artisanales (menuiser, sabotier, forgeron, etc.). Néanmoins, la trame du village montre une relation privilégiée avec « la nature » qui se traduit par des pratiques d’autoalimentation. À l’arrière des maisons de bourg, un potager, des clapiers et un poulailler permettent d'autoproduire les denrées alimentaires pour le foyer. Il est courant de rencontrer à la sortie du bourg quelques animaux d’élevage (moutons, vaches, etc.) comme on peut le remarquer sur la photographie d'Hillion.

Témoignage oral d'une Vignocoise sur le rôle de la nature
2012
Paula Cohen explique son lien avec la nature notamment en auto-produisant une partie de son alimentation. Elle favorise les circuits courts pour s'approvisionner.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

Dans les années 1955-1970, la démocratisation de la voiture et les besoins en logement vont profondément modifier les relations entre « cette nature » et le village, et plus spécifiquement pour le village à proximité de la ville. Les parcelles dédiées aux potagers diminuent pour laisser place aux lotissements. Les activités d’autoproduction ne sont plus nécessaires avec l’avènement des supermarchés en périphérie des villes. Ces phénomènes gagnent petit à petit les villages de l’arrière pays. Cependant, l’émergence du développement durable, le besoin social d’un retour vers « la nature » laissent pressentir de nouvelles connexions avec les fonctions nourricières aux alentours et à l’intérieur même du village.

L’ensemble de ces formes végétales, les jardins privés, potagers, les balcons fleuris, la revégétalisation des abords des cours d’eau favorise la biodiversité en ville, la mixité sociale en faveur d’un développement urbain plus durable tout en conservant un héritage patrimonial.

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013