L'habitat périurbain

À partir des années 1940, l’habitat périurbain s’est sans cesse diffusé à la périphérie des villes et dans les communes proches des espaces urbains. Dans l’entre-deux-guerres, la maîtrise de nouveaux matériaux (béton et acier), le développement des réseaux ferrés et autoroutiers, la pression démographique liée à l’exode rural font apparaître une nouveau mode d’habiter : l’habitat pavillonnaire dont les caractéristiques sont bien représentées à la Vraie-Croix. Symbole d’une ascension sociale, ces logements individuels vont répondre à une architecture populaire assez uniforme. La typologie pavillonnaire la plus marquante en Bretagne est la maison « néo-bretonne » qui reprend quelques éléments architecturaux traditionnels avec notamment une petite avancée en façade : l’apothéis. Ce modèle commun, en général sans lien avec le paysage et l’architecture locale préexistante va s’imposer sur toute la Bretagne puis il s’essouffle à partir du XXIe siècle.

Ainsi, les lotissements foisonnent aux entrées et sorties de villes le long des routes. Conciliant l’individualisme et la rationalisation de l’occupation spatiale, ces « collectifs horizontaux» s’organisent en îlots structurés par des rues et des impasses agrémentées de places de parkings. Le prix du foncier en perpétuelle augmentation dans les centres-villes et la démocratisation de la voiture entraînent les salariés à habiter de plus en plus loin de leur lieu de travail. De nombreux bourgs bretons sont passés au statut de ville. On voit aussi émerger, dans les années 1980-1990, des petits collectifs comme à Saint-Samson-sur-Rance.

La ville et le bourgMeucon, lotissement du Roi Stevan n°1
2005
Récemment construites, ces maisons individuelles au centre de chaque parcelle présentent la même typologie architecturale. À partir de la voie principale, des voies secondaires distribuent les propriétés. Sans centralité, cet ensemble de pavillons ne constitue ni un hameau, ni un village.

David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
La ville et le bourgMeucon, lotissement du Roi Stevan n°2
2008
Suite aux terrassements, le végétal commence à reprendre ses droits au premier plan. Les parcelles privées sont aménagées par le bais de haies hétérogènes afin de créer un espace extérieur plus intime.

David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
La ville et le bourgMeucon, lotissement du Roi Stevan n°3
2010
La parcelle, au premier plan, commence à s'enfricher avec l'apparition de genêts.

David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés

Parallèlement aux maisons individuelles et aux petits collectifs, les quartiers en périphérie des villes se sont implantés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour répondre à un besoin urgent de relogement. Les opérations de grands ensembles de logements sociaux, construits dans la hâte, ont permis de répondre à cette demande en intégrant toutes les commodités contemporaines de l’époque (électricité, chauffage, eau courante, vide-ordures, équipements sanitaires, etc.). Ces grands ensembles tels que Maurepas à Rennes ou le quartier de l’Europe à Saint-Brieuc se situent hors de la ville dans des espaces ouverts pour implanter des espaces verts, des parkings, des centres commerciaux. La notion de rue, ici est abandonnée pour le quartier proposant une ambiance bien différente de celle du centre-ville.

Le Blosne: description du quartier
2012
Kevin décrit le quartier du Blosne construit dans les années 1960 à Rennes.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

La ville et le bourgLa périurbanisation à Saint-Brieuc
Vers 1948-1972
Les grands ensembles se sont édifiés sur les espaces agricoles ouverts du plateau. Les espaces verts séparent chaque îlot. Des maisons individuelles contrastent avec la grandeur des immeubles.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 26 FI 356, droits réservés
La ville et le bourgLotissement à Rennes
Vers 1990
Il s'agit d'une Zone Urbaine Prioritaire composée de pavillons avec des jardins individuels à l'avant. En arrière-plan, se trouvent des barres d'habitations. Ce quartier, par ses maisons individuelles et par ses immeubles collectifs, répond à des besoins sociaux divers.

CAUE 22 © CAUE 22, droits réservés

« Le soir quand ces tours et ces grands ensembles s’illuminent, on croirait à un décor léger, à de simples panneaux, les fenêtres brillantes font comme des damiers. Au pied de ces tours, derrière ces ensembles, dispersées dans l’ombre subsistent encore quelques petites maisons particulières vers le bourg de Langueux qui bientôt se trouvera absorbé dans le « grand Saint-Brieuc ». Ne comptons-nous pas aux derniers recensements plus de cinquante mille habitants ? A la fin du premier quart du siècle nous n’étions guère plus de vingt-cinq mille. C’est tout ce que la ville avait engendré depuis sa fondation dans les dernières années du Ve siècle, il y aura de cela bientôt un millénaire et demi. Et voilà qu’elle en a engendré autant en quelques années. Sous sa couronne de lumière la vieille a l’air toute consentante. Elle se recroqueville. A quoi rêve-t-elle ? Où sont donc passées la vieille rue des Champs-Gibets et la rue de la clouterie ? La rue des Filotiers ? La rue des Tanneurs ? Nous avons encore notre rue aux Toiles et notre rue Charbonnerie, qui fut la rue des Charbonniers, notre rue de la Mare-au-Coq et la rue de la Fontaine-Sucrée – mais jusqu’à quand ? ».

Extrait de « L'herbe d'oubli » de Louis Guilloux, 1984

Souvent mal relié au reste de la ville, le quartier est cloisonné et les populations souffrent de stigmatisation. La politique de la ville (ensemble d’actions de l’État visant à revaloriser ces quartiers urbains dits « sensibles » en partenariat avec les collectivités locales) conduit à des Opérations de Rénovation Urbaine afin de requalifier ces quartiers dans des perspectives de mixité sociale, de développement durable et de désenclavement. Les logements peuvent être réhabilités, démolis ou produits avec une réorganisation des espaces d’activités économiques et commerciales. Ces formes urbaines consomment les espaces agro-naturels et elles morcellent la continuité paysagère. La transition entre l’urbain et le rural est de moins en moins nette. Des solutions alternatives réduisant l’étalement urbain doivent être envisagées dans le respect des principes du développement durable.

La ville et le bourgImmeubles collectifs de Botsorhel
2012
Petits collectifs densifiant le centre bourg d'une commune rurale de moins de 500 habitants.

Parc Naturel Régional d'Armorique © Parc Naturel Régional d'Armorique, droits réservés

L’accolement ou la superposition des maisons, la conception de petits et moyens immeubles collectifs contribuent aux réflexions de densification urbaine. Ce type de construction se retrouve également dans certains centres-bourgs de communes rurales, comme à Botsorhel, commune du Parc Naturel Régional d’Armorique de moins de 500 habitants.

Les communes et agglomérations travaillent à partir de documents de planification sur une dizaine d’années (Plan Local d’Urbanisation, Schéma de Cohérence Territoriale) afin de contrôler le développement urbain encore souvent disparate et peu économe en espace. Les Zones d’Aménagement Concerté (ZAC) multisites sont un outil à disposition des communes. Elles permettent de réfléchir le projet dans sa globalité avec un contrôle durant 10 ans par un aménageur. La ZAC de Beauregard, à la périphérie de Rennes, a pour objectif de diversifier les fonctions et l’urbanité d’un quartier en favorisant la mixité sociale et en tentant d’améliorer le cadre de vie des habitants.

D’autres initiatives sont liées à des préoccupations environnementales très fortes apportant de nouvelles pratiques de vie dans le souci de réduire son empreinte écologique : Écoquartiers, écovillages, bâtiments de Haute Qualité Environnementale, cités durables, etc. Inauguré début 2012, le domaine de Kerivon à Lannion est l’un des premiers écoquartiers de Bretagne.

Témoignage oral de l'évolution du quartier de Beauregard à Rennes
2012
Le quartier de Beauregard de Rennes évolue très vite pour accueillir de nouveaux habitants. L'habitante, ici, décrit ce phénomène.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

La ville et le bourgInsertion de la végétation préexistante dans la conception de projet urbain
2010
Le maintien des haies de qualité a impliqué de fortes contraintes lors des chantiers mais induit une qualité d'espaces verts exceptionnelle pour un quartier neuf.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
La ville et le bourgAménagements dans le quartier de Beauregard à Rennes
2010
La conception de parcs et jardins sont au centre de la promotion immobilière.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013