La ville et le bourg (1800-2012)

La ville et le bourg Saint-Brieuc vu de Plérin n°1
Vers 1913
Les alentours de la ville de Saint-Brieuc sont composés de petites parcelles agricoles entourées de haies bocagères. Des maisons sont parsemées ça et là dans le paysage agraire. Le pont de Souzain, dominant la photographie, est conçu en 1903 dans le cadre de la construction des voies de chemin de fer départementales. Il sera détruit en 1995.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 16 FI 5087, droits réservés
La ville et le bourgSaint-Brieuc vu de Plérin n°2
2012
La ville de Saint-Brieuc s'est urbanisée en consommant les parcelles agricoles. Les maisons isolées, dans le paysage agricole autrefois, sont entièrement intégrées dans le tissu urbain. On perçoit bien en arrière-plan les grands ensembles dominant le paysage urbain.

Emmanuel Poirier © Syndicat Mixte du Pays de Saint-Brieuc, droits réservés

Au lendemain de l’ère industrielle et sous la poussée de l’exode rural, en moins d’un siècle, le paysage urbain en Bretagne subit de fortes mutations. La morphologie des villes et des bourgs connaît des bouleversements sans précédent relatifs aux phénomènes de  modernisation : la mécanisation de l’agriculture, la démocratisation de la voiture, de l’électricité, des nouveaux matériaux de construction, l’industrialisation, etc. Avec un accroissement démographique et malgré une forte émigration, la Bretagne s’adapte pour accueillir ses nouveaux résidents entraînant des mesures urbanistiques planifiées.

Au début du XXe siècle, la Bretagne est une région avant tout rurale, caractérisée par un habitat dispersé. Le paysage est parsemé de hameaux composés de 4 à 5 maisons parfois organisées autour d’une chapelle. Cette dispersion du bâti est due aux pratiques agricoles, activités d’élevage et de polyculture familiales principalement. Le hameau cohabite avec les parcelles agricoles de petites tailles entourées de talus, murets ou haies bocagères serrées. Les vergers sont présents près de l’habitat et les prairies sont complantées de pommiers à cidre. L’organisation du bâti est donc conçue en fonction de l’organisation du travail et en lien avec les nombreuses sources issues de l’écoulement de surface. La majorité des ruraux à cette époque réside dans les hameaux.


La ville et le bourgVue d'ensemble de Saint-Nicolas-du-Pélem
Vers 1948-1972
Le village a un profond lien avec l'agriculture. Les jardins potagers et les vergers se situent au sein du village en arrière des maisons. Le paysage aux alentours est composé de parcelles étroites entourées d'un réseau bocager.

Auteur inconnu © Archives départementales des Côtes d'Armor, fonds 26 FI 402, droits réservés

Quant aux bourgs et aux villages, la densité du bâti est plus importante que celle du hameau. Consacrés essentiellement aux activités artisanales et commerciales, les villages s’organisent autour de la place publique, lieu de sociabilité et d’échanges. On y trouve l’église en général accolée au cimetière, un ou plusieurs commerces, une ou plusieurs écoles comme on peut le constater sur la vue aérienne de Saint-Nicolas-du-Pélem. Les voies sont hiérarchisées avec une rue principale donnant accès à la place centrale, cet axe est subdivisé en voies secondaires.

Les principales villes bretonnes, traditionnellement rurales et maritimes, se sont développées en s’implantant stratégiquement sur des sites de ria, le plus souvent au premier pont, ou bien sur des sites portuaires. Les villes s’étendent progressivement en dehors des remparts depuis le XVIIIe siècle. Au-delà des grands ports militaires comme Brest et Lorient, des ports de pêche comme Concarneau et Douarnenez, des ports de commerce comme Saint-Malo et Nantes, le réseau urbain a toujours été composé de petites et moyennes villes. Cette période est marquée par l’arrivée du réseau ferré qui modifie profondément les abords de la ville. Ce nouveau moyen de transport permet de faciliter la circulation des marchandises et d’accroître l’activité du tourisme notamment dans les petites villes au bord du littoral qui seront bientôt associées à une station balnéaire.

Les bourgs et les hameaux, après-guerre (1945-1950), conservent leur caractère rural, ils n’évoluent guère. À Yffiniac, les potagers à l’arrière des maisons et les champs aux alentours montrent l’importance des circuits courts et de l’autoalimentation dans ces années. Certaines villes, très endommagées pendant la guerre sont reconstruites. Saint-Malo est alors reconstruit à l’identique. Lorient et Brest ont repris les plans géométriques classiques des XVIIe et XVIIIe siècles. C’est dans les années 1960 que les grands changements en Bretagne deviennent apparents, sautent aux yeux : amélioration de l’habitat, semis de maisons neuves dans les campagnes que l’on ne qualifie pas encore de « mitage » (Pierre Flatrès, 1986).


Avec l’essor et la maîtrise de nouveaux matériaux comme le béton armé et avec le besoin urgent de reloger les populations, les immeubles se multiplient en périphérie de la ville pour loger les nouveaux urbains. La politique des grands ensembles, proposant un confort moderne aux populations démunies, crée une discontinuité du tissu urbain. Ces habitats collectifs comme le quartier de Villejean à Rennes, le quartier de l’Europe à Saint-Brieuc sont aujourd’hui stigmatisés et réhabilités. Parallèlement, les lotissements de maisons individuelles s’implantent aux entrées et sorties de villes banalisant le paysage avec la conception en masse de standards architecturaux.

La démocratisation de la voiture après 1950 entraîne le développement d’un réseau routier via des routes et des rocades. Ainsi, par la facilitation des déplacements, les villes bretonnes se sont sectorisées en rationalisant les fonctions urbaines : zone d’habitation, zone d’activités, externalisation des loisirs à l’extérieur de la ville, etc. Les villes s’étalent et morcellent le paysage agricole, englobant parfois quelques parcelles résiduelles.

Zone artisanale de Vannes n°1 : témoignage sur son évolution
2012
Ce témoignage est effectué à partir de la série photo de la zone artisanale de Vannes. La personne constate peu d'évolution.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
Zone artisanale de Vannes n°2 : témoignage sur l'ambiance sonore
2012
L'interviewé imagine le paysage sonore de la zone artisanale de Vannes à travers les photos. .

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

La ville et le bourgZone artisanale de Keranguen à Vannes n°1
2005
La route dessert les commerces et autres activités de la zone artisanale. La publicité, le long de la voie, est marquante, elle est à destination des automobilistes. Cet aménagement est conçu, avant tout pour la voiture, mis à part quelques chemins pour les piétons.

David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
La ville et le bourgZone artisanale de Keranguen à Vannes n°2
2006
La zone artisanale est stable, la publicité est renouvelée. Cette banalisation du paysage se remarque dans bien d'autres villes de Bretagne.

David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
La ville et le bourgZone artisanale de Keranguen à Vannes n°3
2007
Peu d'évolution.

David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés

La ville et le bourgZone artisanale de Keranguen à Vannes n°4
2008
Le marquage au sol de la route est renouvelé.
David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
La ville et le bourgZone artisanale de Keranguen à Vannes n°5
2009
À gauche de la photographie, une nouvelle enseigne convertit le bâtiment. Le paysage est toujours animé par le renouvellement des publicités.
David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés
La ville et le bourgZone artisanale de Keranguen à Vannes n°6
2010
Le bâtiment de la nouvelle enseigne est finalisé, la publicité renouvelée.
David Ledan © Observatoire photographique du paysage / SIAGM-Projet du PNR Golfe du Morbihan, droits réservés

Le centre des villes se densifie en augmentant la hauteur des immeubles comme c’est le cas pour le boulevard Clemenceau à Saint-Brieuc dans les années 1970 et / ou en construisant dans les dents creuses (espaces non construits entourés de parcelles bâties). Pour répondre à la circulation routière les centres-villes sont aménagés avec l’implantation de parkings, de ronds-points, de panneaux de signalisation, de panneaux indicateurs présentant un paysage urbain beaucoup plus chargé, parfois complexe. La vue aérienne de Guingamp présente un espace public dédié à la voiture.

À partir des années 1990, les opérations d’embellissement ont lieu dans les centres-villes avec la restauration du bâti ancien. Les rues deviennent piétonnes, les communes installent des ornementations végétales et du mobilier urbain. Les centres-villes deviennent des lieux d’attraction touristique faisant vitrine. Ces requalifications et la valorisation du patrimoine contribuent à l’amélioration du cadre de vie. Dans le même temps, l’extension de la ville progresse au-delà des routes périphériques. Ces dernières deviennent des boulevards intérieurs, de nouvelles rocades repoussent les limites de l’agglomération.

L’accroissement démographique et l’attractivité touristique toujours plus forts contribuent à la pression foncière et à la périurbanisation. Les communes proches des grandes villes (Rennes, Lorient, Vannes, Saint-Brieuc) s’agrandissent en bénéficiant de cette croissance avec notamment l’arrivée de nouveaux lotissements le long de la voie principale. En poursuivant leur extension, les villages doivent répondre à la demande des nouveaux habitants en implantant des nouveaux services (crèches, supermarchés, salle des fêtes). Des zones commerciales, artisanales, industrielles s’établissent aux entrées et sorties de bourgs. De nombreux villages changent de statut et sont à présent des villes.


La ville et le bourgPlédran
2007
En 2007, on compte quasi 6 000 habitants à Plédran. Des zones pavillonnaires se sont implantées le long des voies de communication empiétant sur l'espace rural. De nombreuses routes sont construites afin d'accéder aux pavillons. Notons la difficulté certaine de se déplacer sans voiture dans ce paysage.

Auteur inconnu © Syndicat Mixte du Pays de Saint Brieuc / AEROPHOTOGRAPHIE -QUESSOY / droits réservés

Le réseau routier performant, avec notamment des voies rapides et des contournements construits à partir des années 1970, permet de desservir les communes de ces agglomérations, augmentant le trafic routier et les mouvements pendulaires quotidiens. Ainsi, les salariés habitent de plus en plus loin de leur lieu de travail, attirés alors par la résidentialisation et l’attractivité économique du foncier.  La transition entre l’aire urbaine et l’aire rurale est devenue plus floue : Entre 1989 et 2006, les territoires agricoles ont ainsi perdu près de 3 600 hectares par an en moyenne, au profit des zones urbanisées (+ 2 550 ha) et des surfaces boisées (+ 1 050 ha) (Florence Gourlay, Ronan Le Délézir, 2011).


Zoom sur un village breton : La Vraie-Croix

Ce village se situe dans la deuxième couronne de Vannes à 23km.  Avant tout rural, il connaît les problématiques actuelles d’aménagement et de croissance liées à la proximité de Vannes. La place de l’église est subdivisée en place de parking afin que les habitants puissent accéder aux commerces qui lui font face. Cette place est végétalisée par l’apport de bacs fleuris dans le cadre d’une vaste opération d’embellissement. Les maisons du bourg sont les héritières d’un habitat rural avec quelques contemporanéités intégrées dans l’harmonie générale. Un étang aménagé participe à un cadre de vie agréable. Les deux sorties de bourg contrastent fortement. Accentuée par les alignements d’arbres, la première sortie fait l’objet du traitement paysager  équilibré. La deuxième sortie est symptomatique d’un étalement du village par l'implantation des maisons individuelles non insérées dans le paysage des alentours.

La ville et le bourgLa place publique
2010
Notons l'importance du fleurissement des espaces publics.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
La ville et le bourgLes maisons typiques
2010
L'investissement communal dans les espaces verts de proximité ne se limite pas à la place et aux axes centraux mais s'étend sur tous les réseaux secondaires.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
La ville et le bourgL'étang de la Vraie-Croix
2010
La présence de l'eau et du végétal apporte une valeur ajoutée à la commune.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
La ville et le bourgSortie de la Vraie-Croix
2010
Cette sortie de bourg fait l'objet d'une intégration paysagère avec le fleurissement et le boisement de la route.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
La ville et le bourgLes maisons individuelles à la Vraie-Croix
2010
La sortie de bourg est parsemée de maisons individuelles récemment construites, ne faisant pas encore l'objet d'un traitement paysager. À noter le traitement chimique des fossés.

Laurence Le Dû-Blayo © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

Cependant, dans le centre Bretagne, à distance des villes attractives, de nombreux villages et hameaux n’évoluent guère. Ils ne bénéficient pas de la croissance urbaine pour se redynamiser. Ils subissent désormais un exode agricole qui s’ajoute à l’exode rural.

L’urbanisation galopante de ces dernières décennies entraîne de nouvelles mesures pour repenser la ville dans des perspectives de développement durable et pour la contenir sur le territoire. Les élus bretons, conscients de ces enjeux relatifs à la dégradation des paysages urbains, possèdent de nouveaux outils : les documents de planification (Schéma de COhérence TerritorialPlan Local d’Urbanisme) et les documents de connaissance et de prospection (Atlas du paysage, Observatoires photographiques du paysage) afin de fixer les objectifs à venir du développement urbain en cohérence avec les différentes échelles territoriales. Il s’agit aussi de concilier qualité paysagère et aménagement.

Le mode d’habiter est en mutation avec notamment  la loi relative à la « Solidarité et renouvellement urbains » de 2000 mettant en lumière des exigences de solidarité, de développement durable, de renforcement de la démocratie et de la décentralisation, de cohérence entre les politiques d'urbanisme et  les politiques de déplacements. Aujourd’hui, les Opérations de Rénovation Urbaine (Quartier de l’Europe à Saint-Brieuc) et les Zones d’Aménagement Concerté (Quartier de Beauregard à Rennes) tentent de répondre à ces exigences.

La ville et le bourgL'éco-quartier de Langouët
2012
Finalisé en 2007, cet éco-quartier a pour objectif de créer un lieu de vie en accord avec la nature, le milieu rural et le bourg. Il a aussi pour but d'accueillir sur la commune des familles « primo-accédantes » avec une conception de maisons agrandissables et économes en énergie.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés
Chavagne n°1: Description de la localisation d'une maison en sortie de bourg L'éco-quartier de Langouët : les témoignages
2012
Jérôme Gimenez et Rozenn Merrien partagent leur expérience de l'éco-quartier entre démarche administrative, économie d'énergie et autoconstruction.

Caroline Guittet © Laboratoire ESO-Rennes, droits réservés

La densification du centre-ville, les éco-quartiers sont, aussi des réponses à ces nouvelles préoccupations afin de limiter la consommation de l’espace agricole et de diminuer l’empreinte écologique. Sans modification radicale de la manière d’habiter, à l’horizon 2030, il faudra trouver 100 000 nouveaux hectares pour répondre au développement de la Bretagne, c’est-à-dire accroître d’un tiers les surfaces artificialisées (sols bâtis, espaces verts, routes) (Florence Gourlay, Ronan Le Délézir, 2011).

Toujours dans ces mêmes perspectives de développement durable mais aussi du Grenelle de l’Environnement, les mobilités douces, la gestion différenciée des parcs et des espaces verts, le développement des trames vertes et bleues sont des pratiques de plus en plus communes. Ces nouvelles méthodes impliquent la responsabilité et le rôle des citoyens dans les enjeux actuels et futurs de l’urbanité (Convention d’Aarhus).


Ainsi, en l’espace d’un siècle, le paysage urbain s’est considérablement modifié par la pression démographique, le coût du foncier, l’implantation de zones économiques et la place croissante faite à la voiture (rond-point, parking, rocade, contournement, signalisation, etc.). Les grandes vocations de la ville et du village de demain sont d’offrir une équité sociale dans un cadre de vie meilleur en réduisant les effets négatifs de l’urbanisation sur les espaces agricoles et naturels.

© Laboratoire ESO / Université Rennes 2 - 2013